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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 13:28

Le  groupe vocal CHORUM participe les 11 novembre et 8 mai aux commémorations des deux guerres mondiales.

La Chanson de Craonne et le Chant des Partisans, font partie des œuvres qu’il interprète et méritent quelques commentaires historiques.

 Commémoration de la Grande Guerre

Le contexte historique

La grande Guerre a été pour la France la plus grande épreuve de son histoire, par sa durée, l’étendue des pertes, la participation massive de la population.

En 1914 les Français ont eu le réflexe patriotique d’appartenance à une communauté nationale qui s’estimait victime d’une agression injuste. Ils ont eu la conviction de ne pas défendre seulement leur patrie, l’indépendance nationale, l’intégrité du territoire, mais aussi de se battre au nom du droit contre la force, au nom de la liberté des peuples contre l’hégémonie allemande, de la démocratie contre un régime autoritaire. Cela donnait une dimension idéologique et morale au conflit : on prenait les armes pour des valeurs. Ils ont cru sincèrement que la victoire serait celle de la  démocratie en Europe et d’une paix définitive.

Trois ans plus tard les soldats qui avaient  combattu dans les pires conditions, exténués et désespérés par des offensives meurtrières et inutiles,  finirent par se révolter. Les chansons  comme la Chanson de Craonne ou la Butte rouge  expriment  non le refus de se battre mais d’une certaine façon de se battre. Les soldats restaient patriotes, mais refusaient les conditions de la guerre qui leur étaient imposées.

 

La Chanson de Craonne

La Chanson de Craonne est depuis longtemps un élément central dans la mémoire de la Première Guerre mondiale. Chantée notamment par Marc Ogeret et Maxime Leforestier, elle est également présente dans plusieurs films dont Un long dimanche de fiançailles (J.-P. Jeunet, 2004). Mais son histoire reste souvent mal connue, malgré la mise au point importante que lui a consacrée Guy Marival dans l'ouvrage dirigé par Nicolas Offenstadt, Le Chemin des Dames, de l’événement à la mémoire, Paris, Stock 2004 (p. 350-359).

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Quand au bout d’huit jours, le repos terminé, 
On va reprendre les tranchées, 
Notre place est si utile 
Que sans nous on prend la pile. 
Mais c’est bien fini, on en a assez, 
Personn’ ne veut plus marcher, 
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot 
On dit adieu aux civelots. 
Même sans tambour, même sans trompette, 
On s’en va là haut en baissant la tête…

Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour, 
Adieu toutes les femmes. 
C’est bien fini, c’est pour toujours, 
De cette guerre infâme. 
C’est à Craonne, sur le plateau, 
Qu’on doit laisser sa peau 
Car nous sommes tous condamnés,
C'est nous les sacrifiés !

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance, 
Pourtant on a l’espérance 
Que ce soir viendra la r'lève 
Que nous attendons sans trêve. 
Soudain, dans la nuit et dans le silence, 
On voit quelqu’un qui s’avance, 
C’est un officier de chasseurs à pied, 
Qui vient pour nous remplacer. 
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes… (au refrain)

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards 
Tous ces gros qui font leur foire ; 
Si pour eux la vie est rose, 
Pour nous c’est pas la mêm’ chose. 
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués, 
F’raient mieux d’monter aux tranchées 
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien, 
Nous autr’s, les pauvr’s purotins. 
Tous les camarades sont enterrés là, 
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là. (au refrain)

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront, 
Car c’est pour eux qu’on crève. 
Mais c’est fini, car les troufions 
Vont tous se mettre en grève. 
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros, 
De monter sur l’plateau, 
Car si vous voulez faire la guerre, 
Payez-la de votre peau !

Le texte fait référence aux combats de 1917 au Chemin des Dames (Aisne). le "plateau" dont il est question est le plateau de Californie qui surplombe le village de Craonne, théâtre des combats parmi les plus violents dans les premiers jours de l'offensive Nivelle du 16 avril 1917. Celle-ci avait pour but d'entraîner la "percée" des lignes allemandes et, en rompant avec la guerre des tranchées, de permettre une victoire française. La force des positions allemandes sur les hauteurs ainsi que la démesure du plan entraînèrent un échec complet. Quinze jours après l’attaque du 16 avril on compte 147 000 tués, blessés ou disparus. Par la suite, dans un contexte marqué par le limogeage de Nivelle, la première Révolution russe et une importante série de grèves à l'arrière, des refus collectifs d'obéissance (on parle des "mutineries") éclatent dans plus de la moitié des unités combattantes. C'est à cette indiscipline que fait allusion le dernier couplet qui assure que "les troufions vont tous se mettre en grève".  « On voulait bien empêcher les Boches de passer, mais on ne voulait plus prendre l’offensive » dit un mutin de 1917.

Cependant, le texte, fruit d'une élaboration lente et de l'amalgame de plusieurs versions, ne fait pas référence qu'à l'échec de 1917. Il contient aussi des allusions au quotidien des tranchées: le moment crucial de la "relève" qui signifie la fin du danger pour les uns et le risque de mort pour ceux qui "vont chercher leur tombe", la permission qui permet de voir les "embusqués" (pour les combattants, les hommes échappant indûment au conflit) sur les "boulevards" parisiens; l'opposition souvent fortement ressentie (mais grossie pour les besoins de la chanson) entre civils protégés ("civelots") et fantassins exposés ("purotins").

Ce texte, anonyme, se chante sur un air qui ne l'est pas. Il vient de la transformation progressive par des soldats d’une valse à succès de 1911, Bonsoir m’amour.

 

 

 

Commémoration de la Libération : Le Chant des Partisans

 

La première version du Chant des Partisans était écrite en russe. A l’origine, c’est Anna Marly (1917-2006) –née Anna Yurievna Betulinskaya, guitariste d'origine russe, immigrée en France au début des années 1920, réfugiée à Londres pour fuir l'invasion de la France par le régime nazi d'Hitler- qui compose la musique du Chant des Partisans, en 1942. Dans sa première version, l'hymne des résistants s'appelle Le Chant de la Libération et les paroles sont en russe, parfois précédé d'une traduction lorsqu’Anna Marly le chante à la BBC

 

Le refrain du Chant des Partisans a, au début, été sifflé par hasard, par "réflexe". Mais les alliés se rendent rapidement compte que contrairement aux paroles, les sifflements restent audibles en France occupée malgré le brouillage allemand. Siffler devient indispensable, obligatoire.  

"Je sifflais d'abord parce que lorsque vous jouez de la guitare, le réflexe normal est de siffloter (...) j'ai donc sifflé le refrain (à la radio) et on a découvert que c'était justement l'air qui traversait le brouillage ennemi", explique Anna Marly lors d'une interview en 1964. C'est également pour cette raison que, sifflées, les premières mesures du Chant des Partisans deviennent, dans le maquis, un signal de ralliement, de reconnaissance.  

 

En 1943, la mélodie est repérée par Maurice Druon et Joseph kessel mandaté par André Gillois, directeur de la radio Honneur et Patrie qui recherche un air pouvant "habiller" la radio du Général de Gaulle. Druon et Kessel gardent l'air mais modifient le texte original et le traduisent en français. Surnommé Chant de la Libération, il devient immédiatement l'hymne de la Résistance française, et même européenne, à la fois appel à la lutte pour la liberté (« C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères ») et certitude que le combat n'est pas vain (« Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place »). Devenu l'indicatif de l'émission de la radio britannique BBC Honneur et Patrie, puis signe de reconnaissance dans les maquis, le succès est mondial.

Les paroles ont été imprimées pour la première fois le 24 septembre 1943. Les paroles sont  ensuite larguées par l’aviation anglaise sur la France occupée, comme des bombes culturelles. Récupérées par la résistance, elles sont publiées pour la première fois dans le numéro 1 de la revue Les cahiers de Libération, le 25 septembre 1943... il y a 71 ans. 

 

 

 

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